DANS LES PAS D’UN OUBLIÉ

Il ne connaissait pas la France avant de partir. Il ne savait pas où il allait, il ne savait pas ce qu’il allait y trouver. Il savait juste que s’il restait il mourrait, raison suffisante pour partir. Mais il ne pensait certainement pas marcher pendant un an, il ne pensait pas non plus que les pays européens se le renverraient comme une grenade dégoupillée, sauf qu’il n’avait pas d’explosif dans ses bagages : l’espoir y avait déjà pris toute la place. L’espoir c’est ce qui a poussé Safi, afghan de 23 ans, à avancer malgré la peur, la soif, l’incertitude. Sa seule certitude : ça ne peut pas être pire que « là-bas ».

En effet, depuis le coup d’État communiste de 1978, l’Afghanistan connaît des bouleversements politiques qui ont des répercussions sur la scène internationale comme le prouve la guerre d’Afghanistan de 2001 à 2014. Cette guerre menée par les États-Unis avec l’appui du Canada, de l’Angleterre et de la France s’inscrit dans la « guerre contre le terrorisme ». En effet, le pays suite au renversement du régime communiste en 1992, connaît une violente guerre civile. En 1994 les talibans viennent s’immiscer et ils prennent vite le contrôle sur le territoire. 2014 signe le retrait des troupes internationales mais pas la fin du conflit qui continue à ravager le pays. 2015 signe le départ de Safi. 

Carte Safi

Parcours de Safi d’Afghanistan jusqu’en France

Son périple c’est 8 pays traversés (l’Iran, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, et l’Italie) plus de 7000 kilomètres. Il les a traversés à la manière du jeu de l’oie : il est tombé sur beaucoup de cases qui le ramenaient à celles du départ. À ce jeu là, pour gagner il faut courir sur la frontière, se cacher, marcher de longues journées dans des épaisses forêts attendant que la pluie jonche le chemin de flaques salvatrices pour venir y boire, surtout évité d’être pris par la police, sinon retour en Turquie, hors de l’Europe. Il faut continuer, et se préparer aux prochains barbelés qui coupent les doigts, autant que les rêves. Mais une fois, Safi est malheureusement passé par la case prison en Slovénie, pendant 2 mois. Cependant il a toujours continué sa partie, essayant même de tricher en sautant des cases : il a embarqué de Turquie sur une barque pour rejoindre la Grèce. Mais la police grecque était là pour lui rappeler qu’il ne faut pas tricher, même quand sa survie en dépend.

Ce flux d’embarcations pneumatiques, chargées à en craquer de personnes mettant leurs avenirs au conditionnel parce qu’ils ne peuvent plus vivre à l’indicatif, continue encore aujourd’hui. Cependant, le dernier bateau humanitaire « L’Aquarius » affrété par S.O.S méditerranée, a vu son pavillon, « la plaque d’immatriculation » l’autorisant à naviguer, lui être retiré. Ainsi, il n’y a plus aucun navire en mer pour assurer le sauvetage des personnes tentants de rejoindre l’Europe. C’est pour cela que le samedi 6 octobre des « vagues oranges » (couleur du bateau humanitaire) se sont déversées sur la France avec entre 40 000 et 50 000 participants selon les organisateurs. De plus, une pétition circule pour sauver l’Aquarius et « sauver le sauvetage en mer ».MOTS

Le refus d’accueillir 58 migrants à Marseille en septembre dernier, l’ancien « délit de solidarité », la différenciation entre migrant économique et migrant politique, comme si la misère avait différents visages, l’hypocrisie de l’Europe, et encore plus de la France, devrait nous pousser à l’indignation. Nous indigner pour devenir un peu plus humain. Car c’est bien à ça que tout revient, laisser des gens mourir, que ce soit en pleine Méditerranée, derrières nos frontières, ou encore dans nos rues, c’est nier le droit inaliénable lié à la condition humaine : le droit à la vie. Il n’est pas ici question « d’accueillir toute la misère du monde » mais d’être simplement humain, parce que émigrer n’est jamais un choix. Safi ne l’a pas choisi, mais heureusement il est humain comme nous, alors on ne peut que se comprendre.

Pour aller plus loin : Les cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini, Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra, Libre de Michel Toesca.
Pour t’engager toi aussi : Buddy System Refugee, Mine de rien

Salomé REDEUILH

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